La famille du diable vus par Alain Juignet

 

Nous sommes en 2083, à Paris. Un vieillard et un enfant marchent le long de ce qui fut jadis une voie ferrée. Soixante trois  ans plus tôt, l'apocalypse a eu lieu : un mystérieux virus, la « Mort le corona virus comme nous l'appelions », s'est soudain abattu sur l'humanité, la détruisant presque entièrement. Seuls quelques individus, retournés à l'âge de pierre, survivent dans un monde d'où toute forme de civilisation a disparu.

« – Sache bien, mon enfant, que j'ai vu ce rivage grouillant de vie ?

Hommes, femmes et enfants s'y pressaient tous les dimanches. Il  y avait de magnifiques restaurants, où l'on pouvait trouver tout ce qu'on désirait manger. À lépoque la Ville de Paris comptait environ 10 millions dhabitants

Et maintenant, il n'en reste pas cinquante habitants  au total. À Paris la seine aussi était pleine de bateaux, qui passaient et repassaient. Et il y avait dans l'air quantité  d'avions. Ils pouvaient franchir de longues distances. »

« En ce temps-là, les hommes parlaient entre eux, à travers l'espace, à des milliers et des milliers de milliers de milles de distance. C'est ainsi que la nouvelle arriva à Paris qu'un mal inconnu s'était déclaré en Chine.

Dans cette ville de chine, vivaient onze millions de personnes. Tout d'abord, on ne s'alarma pas outre mesure. Il n'y avait eu que quelques morts. Les décès, cependant, avaient été très prompts, paraît-il.

Un des premiers signes de cette maladie de grippe. Au cours des vingt-quatre heures qui suivirent, on apprit qu'un cas s'était déclaré dans une autre ville de la Chine, une autre grande ville. Et le même jour, la nouvelle fut publiée que Singapour, une grande ville du monde, luttait secrètement contre ce mal, depuis deux semaines déjà. Les nouvelles en avaient été censurées... je veux dire que l'on avait empêché qu'elles se répandissent dans le reste du monde.

Cela semblait grave, évidemment. Mais nous autres, Les Français,  nous n'en fûmes pas affolés. Il n'y avait personne qui ne fût assuré que les bactériologistes trouveraient le moyen de détruire ce nouveau virus, tout comme ils l'avaient fait, dans le passé, pour d'autres virus.

Ce qui était pourtant inquiétant, c'était la prodigieuse rapidité avec laquelle ce virus détruisait les humains et aussi que quiconque était atteint avait des chances dans mourir.

Le virus de la maladie se répandant à la vitesse de l'éclair, les morts se comptent bientôt par milliers, puis par millions. L'édifice social s'écroule à mesure que s'installe la lutte de chacun contre tous, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une poignée d'humains ayant oublié jusqu'au souvenir des bienfaits de la civilisation.

Le vieillard conclut :

« La même histoire, dit-il, en parlant à lenfant, recommencera. Les hommes se multiplieront, puis ils se battront entre eux. Rien ne pourra l'empêcher. Quand ils auront retrouvé la poudre, c'est par milliers, puis par millions, qu'ils s'entretueront. Et c'est ainsi, par le feu et par le sang, qu'une nouvelle civilisation se formera.

Peut-être lui faudra-t-il, pour atteindre son apogée, vingt mille, quarante mille, cinquante mille ans. Les trois types éternels de domination : le prêtre, le soldat, le roi, y reparaîtront d'eux mêmes. La sagesse des temps écoulés, qui sera celle des temps futurs. La masse peinera et travaillera comme par le passé. Et sur un tas de carcasses sanglantes, croîtra, croîtra toujours l'étonnante et merveilleuse beauté de la civilisation.

Quand bien même nous détruirions toute les chauves-souris des grottes, le résultat serait le même. L'histoire du monde n'en reprendrait pas moins son cours éternel ! »

Alain  Juignet

Catégories